Documents > De Montréal à Madawaska en 1873, par Soeur Maillet

De Montréal à Saint-Basile, 8 au 11 octobre 1873

Récit de voyage par soeur Maillet (Alphonsine Ranger), écrit en 1922 et 1923 d’après ses souvenirs.

Avant le départ de la Maison Mère

Avant d’aller plus loin, je vous dirai quelques mots de ce qui doit se faire à la Maison Mère quant il se fait une nouvelle fondation. Le grand Coutumier dit l’entente qu’il doit y avoir avec l’Évêque du lieu où la fondation doit se faire, et l’Évêque respectif de la Communauté qui fait la fondation, et l’on doit-en avertir les maisons de l’Institut. Une fois tout cela arrangé et conclu, et le jour de départ fixé, on fait les préparatifs immédiats. Il fut décidé que notre T.H. Mère Davignon, et nos Srs Guérin, Brissette, Philomène partiraient le 1er octobre, et les trois autres le 8 octobre, pour la raison que Mr Larcher, charretier, qui devait nous conduire à St-Basile en voiture (95 milles) de la Rivière du Loup à St-Basile, dut faire deux voyages. Les chroniques rendent compte longuement du voyage des quatre premières fondatrices, et de leur arrivée, et de leur réception… La veille de leur départ, à 7 heures, toute la communauté se rendit au chœur, les sept fondatrices se placèrent au milieu, et c’est au pied de Jésus Hostie que se font les Adieux, et les protestations exigées par nos Stes. Règles. Rien de plus touchant que ces Adieux, et les sanglots et les larmes répandues montraient combien nous étions attachées les unes aux autres, et la grandeur de notre sacrifice! C’est aussi là que se donne le baiser d’adieu! Nous nous rendîmes ensuite à la chambre de Sa Grandeur Monseigneur Bourget pour recevoir ses derniers avis et sa Bénédiction. Ce Vénéré Père ressemblait à un Séraphin en Amour pour Dieu, pour sa Gloire et le Salut des Âmes. Nous nous retirâmes ensuite pour prendre un peu de repos.

Le 1er octobre. À 6½ heures. Déjeuner des quatre Fondatrices, et à 7 heures, on les conduisit à la gare, et grande fut leur surprise d’apprendre qu’elles ne pourraient partir que le soir, à 9 heures. Elles passèrent la journée à l’Évêché et quittèrent Montréal à 9 heures. Le journal de leur voyage rend compte des petits incidents qui leur sont arrivés pendant la route… Comme nous avons encore une semaine au cher chez-nous, j’en profite surtout pour consulter Mgr Bourget, qui, dans sa bonté de Père a bien voulu depuis le 4 septembre me permettre d’aller le voir tous les jours et de lui exposer toutes mes craintes, car je me sentais si jeune, si inexpérimentée, si peu douée de talents…

Huit jours après le départ de nos sœurs, je dus quitter avec nos chères Sœurs Colette et Rachel le berceau de mon enfance religieuse! Je ne voulais pas partir sans aller recevoir encore la bénédiction du bon et Vénéré Mgr Bourget. Je me mis à genoux et S.G. posant ses mains sur ma tête, il me dit : «Le Bon Dieu vous demandera des sacrifices de tous genres! Vous aurez beaucoup de croix! La maison que vous allez fonder sera toujours pauvre! Mais elle fera beaucoup de bien. Vous aurez, je crois, une longue carrière à parcourir…  Ayez confiance et soyez généreuse! Prenez pour devise ces paroles : Aime Dieu et va ton chemin!»

Départ de Montréal

Le 8 octobre, départ à 9 heures du soir. Nous avions le cœur broyé. En passant près de la chapelle, nous saluâmes Jésus dans sa prison d’Amour. Puis, en passant vis-à-vis le Caveau où sont nos chères Sœurs défuntes, nous récitons le De Profundis et nous voilà hors de la Clôture. Là je pus donner libre cours à mes larmes que j’avais du refouler pour ne pas trop affliger ma bien aimée et chère Sœur Ranger, que je laissais infirme et souffrante, se traînant avec une chaise… Je lui rendais bien des petits services, car étant naturellement gênée. Elle en souffrira sans doute. Dieu soit béni! Je la recommande à mon Jésus! Toute la ville est illuminée… Nous traversons bien des rues et nous nous rendons à la gare où nous attendent plusieurs membres de nos familles. Avant de partir, nos Sœurs nous avaient préparé à la procure, un excellent goûter, mais nos sanglots nous empêchèrent d’y goûter. Une dernière fois, j’allai recevoir la bénédiction de notre Vénérée Mère Pagé, et lui exposer encore quelques craintes!

Après nos Adieux aux membres de nos familles, nous quittons Ville-Marie. Ma chère maman m’accompagna jusqu’à St-Hyacinthe où elle se rendait pour voir ma Sœur Marie des Cinq Plaies.

Arrêt à Saint-Hyacinthe

Dès que ma chère maman eût entendu St-Hyacinthe, je me suis aperçue que son cœur de Mère se gonflait et je l’entendais soupirer! J’ai fait bonne constance, avec la grâce de mon Jésus! Il m’a fallu lui donner le baiser d’Adieu! Et lui dire quelques paroles de consolations et d’encouragements…

Cette chère maman resta dans le wagon jusqu’à ce que le signal du départ fût donné. Elle se mit ensuite sur la plate-forme, vis-à-vis d’une fenêtre et me tenait dans ses bras. Le train part, et je la vois pleurer : pauvre mère! Heureusement, qu’elle aura la consolation de voir ma Sœur Marie des Cinq Plaies, religieuse au Monastère du Précieux Sang.

Arrivée à Rivière-du-Loup

Le 9 octobre, nous arrivons à la Rivière du Loup, où nous sommes attendues chez les Révérendes Sœurs du Bon Pasteur. Nous passons la soirée et la nuit chez ces bonnes sœurs, qui se montrèrent très heureuse de nous donner l’hospitalité. Comme nous devions partir très à bonne heure le lendemain matin, elles nous firent visiter tout leur établissement, nous parlèrent des classes, du bien qu’elles avaient à faire avec leur pensionnat et leur externat… Après la récréation nous allâmes à la chapelle pour faire nos exercices de piété et nous nous retirons dans nos chambres.

Avant le départ pour Saint-Honoré

Le lendemain matin, [10 octobre], nous eûmes le bonheur de faire la Sainte Communion et d’entendre la Sainte Messe à 6 heures, par la bonté du Rév. Mr Blais, Curé, qui envoya un Prêtre aussi à bonne heure tout exprès pour nous, afin de nous permettre de partir plutôt pour Saint-Basile. Après avoir pris notre déjeuner, nous allâmes visiter l’Église; belle construction, plan magnifique, qui, une fois exécuté fera bonheur à la paroisse de la Rivière du Loup. Nous nous prosternons aux pieds de notre Bon Jésus. Le priant de nous bénir, ainsi que notre voyage, et de nous préserver d’accidents. Nous retournons au Couvent, prenons notre déjeuner, et attendons notre charretier.

Départ pour Saint-Honoré

Vers les 8 heures, Mr Larcher nous arrive pour nous conduire à St-Basile. Nous faisons nos adieux à nos charitables hôtesses, et nous prenons la route de notre pays d’adoption. Nous avons 95 (plus de 80) milles à faire en voiture, et nous voulons faire diligence pour pouvoir nous rendre à Notre-Dame du Lac Témiscouata le soir même. Peu habituées à voyager en voiture, nous trouvons le temps bien long, car nous parcourons une distance de 15 milles, sans voir autre chose que du bois, et des souches noircies. Enfin, nous apercevons une habitation assez confortable où les voyageurs peuvent arrêter et trouver leur pension. Il nous a fallu voyager encore assez longtemps dans le bois.

Tout à coup, une de nous aperçut une toute petite maison, et à côté quelque chose de noir, elle crût tout simplement qu’il y avait là un prêtre qui disait son bréviaire. Mr Larcher ne dit rien du tout. Mais, nous eûmes une bonne récréation, quand rendus vis-à-vis de la maison nous nous aperçûmes que c’était tout simplement une souche un peu courbée et toute noircie.

On ne manqua pas de rire au dépend de celle qui s’était fait illusion. Nous étions si anxieuses de saluer et d’adorer notre Bon Jésus! Ce bon et Divin Maître voyait notre désir, et nous eûmes le bonheur de l’adorer dans son Sacrement d’Amour!

Arrivée à Saint-Honoré

Nous arrivons à St-Honoré, où une pauvre maison possède le Roi du Ciel!  Nous y entrons avec une vive émotion et tombons à genoux, nous prosternant, et nous versons d’abondantes larmes de bonheur! Nos Adorations sont accompagnées d’autant plus de foi et d’Amour, que son habitation est plus pauvre et dépourvue de tout! L’Autel consiste en quelques planches en bois brut. Le Tabernacle est une boîte vide de marchandises, tapissée comme l’Autel avec des gazettes. Impossible d’exprimer ce que nos âmes éprouvent en voyant jusqu’où  va l’amour de notre Seigneur pour nous, et pour tous les hommes! Oh! C’est alors qu’il nous est donné de comprendre ces paroles de Notre Seigneur «Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes!» Nous passâmes plus d’une heure devant le Saint Sacrement!

Une petite lampe déposée dans un petit bout de madrier, creusé à cet effet, tenait seule compagnie à notre Bon Jésus, une partie du jour, et toute la nuit!

Il nous coûtait de quitter cette pauvre chapelle, qui nous avait procuré tant de bonheur et de si douces consolations!

Départ pour Notre-Dame-du-Lac

Mais, comme il nous fallait être à Notre-Dame du Lac, Témiscouata, le même soir, nous reprenons notre route, après avoir remercié le Bon Dieu de la faveur que nous avions eue de passer une heure avec notre Bon Jésus. Nous arrivons à Notre-Dame du Lac, Témiscouata, vers 6½ Heures. Nous étions attendues au presbytère, où le Rév. Monsieur Guay, Curé de cette paroisse, et sa respectable et bonne Mère, nous reçurent avec beaucoup de bienveillance et de charité! On nous avait préparé un souper splendide; du beau et bon poisson : “le Touradi [touladi] et le Pointu”, qu’on nous dit être du poisson de 1re qualité; la table était garnie de toutes sortes de mets excellents, mais nous ne pûmes y faire honneur.

Un si long trajet en voiture nous avait fatiguées beaucoup et nous sentions le besoin de repos.

Après une petite récréation prise avec la famille, nous allâmes à la Chapelle pour y faire nos exercices de piété, après quoi, nous nous retirons dans nos chambres pour la nuit. Il est bon, mes chères Sœurs, que vous sachiez ce qu’étaient l’Église et le presbytère de Notre-Dame en 1873. De vieilles bâtisses qui tenaient à peine, mais, on nous dit que la population est bonne; que les paroissiens sont pieux et zélés pour seconder le zèle de leur bon Curé, et dans tout ce qu’il leur suggère pour la future Église et le Presbytère.

Départ vers Sainte-Rose

Comme nous avions manifesté le désir de partir de bon matin, le Rév. Mr Guay eut la bonté de nous donner la Sainte Communion, et de dire sa Messe avant cinq heures.

Vers 8 heures, notre charretier, Mr Larcher, nous arrive et nous quittons nos bons et si charitables hôtes, pour nous diriger vers St-Basile. Nous passons à Sainte-Rose du Dégélé, et nous arrêtons chez un Monsieur Greffin, un bon et fervent Irlandais, rempli d’esprit, de foi et de piété. Ce bon monsieur considéra toujours comme une grande faveur et honneur d’avoir eu la visite de trois religieuses, et jusqu’à sa mort, il en conserva un reconnaissant souvenir. En toute occasion, combien il était heureux d’entendre parler de tout ce qui concernait les intérêts de notre humble Hôtel-Dieu.

En route vers Saint-Jacques

Nous nous arrêtâmes que quelques instants, et nous nous dirigeons vers Saint-Jacques, où nous devrons arrêter pour faire reposer les chevaux. Nous arrivâmes vers midi chez sur Mr Lynch où nous fûmes accueillies avec beaucoup de respect et de charité. Madame Lynch nous offrit à dîner, mais comme nous avions ce qu’il nous fallait dans nos petites valises, nous la remerciâmes; nous acceptons seulement du pain de Sarrasin qu’on nous dit-être le pain du pays, et que nous trouvons excellent.

Passage à Edmundston

Vers 2 heures, nous remontâmes en voiture. Cette fois, pour nous rendre à Saint-Basile, car il nous tarde tant de nous jeter dans les bras de notre Très Honoré Mère, et de nos chères Sœurs. Nous passons à Edmundston, que les gens appelaient alors plus souvent  Petit Sault, et qui n’était qu’un village bien ordinaire. Il y avait quelques maisons assez bien construites, et alors la population se composait de plus de Protestants que de Catholiques. Il n’y avait pas encore d’Église, ni à Saint-Jacques, ni à Edmundston. Les Révérends Pères de Ste-Croix qui desservaient la Paroisse de Saint-Basile allaient dire la Messe, une fois par mois, dans l’une et l’autre de ces missions, et dans des maisons bien ordinaires qui servaient de Chapelle. Enfin, nous nous dirigeons vers Saint-Basile.

Je demandai à Mr Larcher de m’avertir quand nous pourrions en passant une côte très élevée, apercevoir le petit dôme qui domine le petit Couvent que nous allons habiter, sur lequel se trouvait une statue de la Ste Vierge en bois, sculptée par un Mr Philibert, ouvrier distingué, qui, à l’heure actuelle (juin 1922) vit encore.

Bref arrêt à Iroquois

Quand nous fûmes sur la côte de l’Iroquoise, je fis ouvrir les portes de la voiture et montai sur le siège. C’est alors, qu’élevant mon cœur vers Dieu, je renouvelai mon sacrifice, car quitter ma chère Communauté Mère en était un bien grand! Je m’offris à Notre-Seigneur comme Victime dans des intentions bien spéciales! Je recommandai à ce Bon Maître toutes les jeunes filles qui, plus tard feraient partie de notre communauté comme religieuses!

Enfin, je lui offris ma vie entière, en cette pauvre fondation, si tel était son bon plaisir, quelque grand que serait pour moi le sacrifice de ne pas retourner à ma mille fois chère Communauté Mère, berceau de ma vie religieuse, où j’avais passé neuf belles années de bonheur indicible…

Arrivée à Saint-Basile de Madawaska

Comme on nous attendait avec impatience, nos chères Sœurs, pour témoigner leur joie de nous revoir, avaient hissé en guise de pavillon, un morceau de coton blanc au bout d’une perche qu’elles placèrent dans un châssis des mansardes. À 4½ heures, nous sommes à la porte de la chapelle, où, immédiatement après Vêpres, notre Très Honoré Mère Davignon, et nos Sœurs Guérin, Brissette et Philomène nous attendaient. Je vous laisse deviner, mes chères Sœurs, les impressions des unes et des autres, surtout celles de notre Très Honoré Mère qui nous reçut dans ses bras, avec une affection toute maternelle! Elle semblait avoir le pressentiment de sa fin prochaine. Après avoir baissé nos Sœurs, nous entrâmes à la chapelle, où, malgré le dénuement et l’extrême pauvreté de cette chapelle, notre Bon Jésus résidait déjà pour nous!

Prière à l’arrivée au Couvent

Après avoir adoré ce Bon Maître, en versant des larmes abondantes, nous entonnâmes le “Magnificat” qui fut souvent interrompu par nos sanglots, après lequel, on nous fit entrer dans un petit appartement voisin de la chapelle pour recevoir la bénédiction de notre Très honoré Mère, qui, de nouveau nous serra dans ses bras, et se montra très heureuse de notre arrivée. Après un jour de repos, on nous conduit dans le petit appartement qui est aujourd’hui (30 août 1923) la salle à dîner de Mr l’Aumônier, où nous prenons notre souper, lequel consista en très peu de chose, car le bonheur de nous trouver réunies nous suffisait! Impossible de vous décrire comment nous passâmes notre récréation. Huit jours seulement s’étaient écoulés et combien nous aimions à par du cher-chez-nous, de la bonté de nos Mères, et de leur tendre affection… Après avoir fait nos prières, nous montâmes au dortoir où des lits nous avaient été préparés. Les fatigues du voyage et toutes les impressions du temps ne favorisaient guère le sommeil. Le lendemain matin, nous eûmes la communion à 6 heures, et comme c’était un Dimanche, et que la Clôture n’était pas encore établi, à cause des réparations qu’il nous fallait faire pour déterminer la partie du Cloître, nous sommes allées à la Grande Messe à l’Église Paroissiale, après laquelle nous avons chanté un cantique à la Très Sainte Vierge. Comme c’était un spectacle nouveau pour les paroissiens, ils se rangèrent chaque côté  du chemin pour nous voir passer.

Visite de quelques malades

Comme vous le pensez-bien nous eûmes la récréation le reste de l’après-midi. Après la messe, plus de 30 malades se rendirent près du Couvent et demandaient à voir la Sœur Docteur. Notre arrivée ayant été annoncée, ces pauvres gens s’étaient imaginés que cette sœur Docteur guérissait de tous maux. En entrant, ils se jetaient à genoux et demandaient ma Sainte bénédiction, en ajoutant, que je tenais la  place du Bon Dieu sur la terre et que je pouvais les guérir. Ils restèrent à genoux, ces bonnes gens, et il me fallut faire le tour : ils s’emparaient de mes mains et les appliquaient sur leurs plaies, car plusieurs avaient la teigne, d’autres du mal dans la figure, sur les mains… C’était touchant de voir leur foi et leur confiance dans les religieuses!

Puis, combien j’étais heureuse de la part qui m’était échue. La salle St-Jacques était remplie, et les autres attendaient dehors pour avoir leur tour. Combien j’étais touchée de la foi et de la confiance de ces pauvres gens. Les uns avaient la gale, la teigne et autres maladies de la peau qui sévissaient beaucoup. Je n’avais pas assez de mes 2 mains dont ils s’emparaient à tour de rôle… Puis, chacun expliquait leur maladie d’une manière qui rendait difficile d’en comprendre le genre.

Tout de même, je m’en tirai de mon mieux, car n’ayant pas de remèdes (lesquels étaient encore à la Rivière du Loup), je ne pouvais que leur appliquer de l’huile de N.D. de Pitié, dont plusieurs disaient avoir été soulagés.

Guérison d’une mâchoire cassée

Un surtout, qui avait eu la mâchoire cassée en se faisant extraire une dent par un forgeron. Le pauvre homme souffrait beaucoup, il était un pauvre cordonnier, très pauvre et bien découragé : ne pouvant faire autre chose, je lui mis de l’huile sur sa dent, l’incitant à avoir une grande confiance en notre Mère des Douleurs, et de revenir me voir tous les deux jours… Les deux jours s’écoulèrent et il ne revenait pas, j’étais inquiète. Enfin, le mercredi, il m’arrive tout joyeux, en m’assurant qu’il était guéri, bien guéri dit-il : je vous remercie d’avoir prié pour moi, et je vais remercier la Ste Vierge.  Il a pu gagner sa vie et a vécu longtemps.

Dans l’après-midi, de dimanche, deux voitures des paroissiens furent à notre disposition pour aller visiter notre terre du Couvent. Notre T.H. Mère Davignon et mes Srs Guérin, Srs Brissette et Maillet l’accompagnèrent. Nous n’eûmes pas le Salut du Très Saint Sacrement, parce que nous n’avions rien de ce qu’il fallait.

Le lendemain, notre Très Honoré Mère nous fit visiter toute la maison. Cette Vénérée Mère avait déjà fixée les appartements du Cloître, fait boiser l’escalier et poser une porte afin que les séculiers n’y entrent plus. (Après 50 ans, c’est encore la même porte)

Guérison d’un épileptique

Nous n’avions pas encore reçu nos remèdes qui étaient encore à la Rivière du Loup. Je n’avais pour tout partage que mon huile de Notre-Dame de Pitié et quelques médailles du Sacré-Cœur.

Un pauvre épileptique nous fut amené par son père et sa mère. Ce fut une scène touchante et comique en même temps : pour vous amuser un peu, je vous dirai comment il me fut présenté. Le père et la mère entrèrent à la Pharmacie, se jetèrent à genoux pour recevoir ma Sainte bénédiction. Ils avaient laissé le malade dehors.

La mère m’aborde et me dit tout bas : “Ma Sainte Sœur”, on a not garçon avec nous autres, il tombe d’un mal tout le temps, garissez-le donc, s.v.p.? Vous pouvez si vous voulez : mais j’ai peur qui cray pas assez, pour que le miraque se faise. Si son père, pi moé, on crayait ben, ça ferait-y pareille? Oui, dis-je. Alors ils allèrent le chercher, le firent mettre à genoux, et la mère lui frappant sur l’épaule lui dit : «Cré donc, mon François, cré donc dans la sainte sœur, pour qu’à te garisse, dit-elle; j’ai peur dit-elle. Il est naïf, elle voulait dire presque imbécile.» N’ayant encore aucun remède, je lui donnai une médaille du Sacré-Cœur, avec la recommandation d’avoir une grande confiance au Sacré-Cœur et qu’il serait guéri. Je ne l’ai pas revu, mais trois semaines plus tard, on m’a dit que ce pauvre épileptique était complètement guéri. Inutile de vous dire combien j’en fus heureuse, et j’en remerciai le Sacré-Cœur avec bonheur!

Ce n’est pas la seule faveur obtenue par le Sacré-Cœur : de nombreuses faveurs ont été obtenues et souvent de très extraordinaires, que faute de temps, je ne pourrais relater. Mais, mes chères sœurs, une chose dont je puis vous assurer, c’est que j’avais pris pour pratique, avant de venir en fondation, étant à la pharmacie, de ne donner aucun remède, sans dire cette petite invocation : «Sacré-Cœur de Jésus bénissez ce remède et donnez-lui son efficacité.»

J’ai toujours attribuée le soulagement, et même la guérison des malades au Sacré-Cœur de mon Jésus! Qu’il en soit béni et Glorifié à jamais!

Tous les jours, un grand nombre de malades se présentaient pour consultations ou pour avoir des remèdes… qui ne nous arrivèrent qu’en novembre.

On m’avait obligé de tenir compte du nombre de personnes qui venaient chaque jour, ce que j’ai fait pendant longtemps : c’est surprenant le grand nombre de malades que nous voyions; la raison est qu’il n’y avait pas encore d’hôpital ni à St-Jean, ni à Fredericton, ni à la Rivière du Loup.

Description de la maison

Je reviens un peu en arrière. Vous ne sauriez croire, mes chères Sœurs, avec quel zèle, notre Vénérée Mère Davignon cherchait à approprier la maison aussi conformément à nos Saintes Règles que possible. Dès que fut déterminée la partie du Cloître, la porte de l’escalier en avant fut fermée au Passe-Partout. Le parloir Ste-Elizabeth divisée en deux, pour pouvoir mettre la grille qui devait nous arriver en décembre, en même temps que l’Autel. Une porte fut percée dans la chambre St-Thomas, à l’endroit où est le téléphone actuellement, pour que nous puissions arriver au parloir sans rencontrer les séculiers. La pharmacie était la salle St-Jacques, séparée par le comptoir (le même que nous avons encore après 50 ans), mais qui a été réparé. Dans le haut, c’était les mansardes. La ch. de la Supérieure (celle de Mr Hébert), la ch. de Willie, la lingerie. La communauté, le corridor et les 2 petites chambres qui existent encore que le Dr Lagacé a habité 15 ans. Le corridor et l’escalier, comme c’est encore aujourd’hui, après 50 ans. Les autres 4 petites chambres, c’était le Dortoir Commun pour les autres Sœurs. Le réfectoire actuel des petits garçons a servi d’infirmerie, puis de communauté au besoin. Un petit Réfectoire fut pratiqué dans le réfectoire actuel des petits garçons, en bas, pour les sœurs. D’un côté, nos quelques pensionnaires filles, prirent leurs repas pendant quelques temps. Pendant les 16 années que nous avons occupé notre vieille bâtisse, la nécessité nous obligeait à faire de continuels changements pour pouvoir loger tout notre personnel qui augmentait considérablement, c’est ce qui nous obligea d’ajouter un Étage. Je dois ici mentionner le nom de notre Vénéré Mgr Dugal qui fut pour nous, dès les premiers jours de notre arrivée, un ami dévoué.

Source : Commencement de notre Fondation.  Notes depuis 1873 jusqu’à 1914,  par sœur Maillet (Alphonsine Ranger).

Textes et photos:

Bertille Beaulieu, r.h.s.j., archiviste des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, Saint-Basile, N.-B.

Linda Thibodeau, technicienne en archives.





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